Jean Claude Wolff

Compositeur

 

© G. Bompais


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Ruines, clartés stellaires

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Hommage à Berlioz ? Pourquoi me suis-je senti concerné par cet appel ? Sans doute parce que Berlioz, mais surtout la musique de la première moitié du XIXème siècle ont été une des origines de ma décision de composer, un territoire dans lequel je me suis trouvé, et que Berlioz et son époque restent pour moi comme un refuge quand il me paraît que la musique- la grâce- me fuit.

Mais un hommage ne doit être ni un pastiche, ni une parodie, ni une enfilade de citations... Il faut plutôt, me semble t'il, pouvoir et savoir retrouver, dans son propre langage, quelque chose de l'esprit du compositeur, dans le cas présent , pouvoir évoquer les violents contrastes et la sincérité abrupte de Berlioz, ses ruptures de ton, également sa nature élégiaque manifestée à travers ses longues lignes mélodiques, sons sens de l'orchestre et des timbres, ses déclenchements " ninivites " pour le citer. Avoir aussi son exigence vis à vis des instrumentistes, à qui Berlioz demande souvent le maximum. j'avoue avoir dans ce cas complètement suivi son exemple.

Il est un autre compositeur que j'ai évoqué dans " Ruines, Clartés stellaires ", c'est Schumann. Bien que la nature renfermée de ce dernier semble loin de l'énergie volcanique - mais également dépressive- de Berlioz, Schumann fut, parmi les compositeurs de cette époque, celui qui a le mieux compris Berlioz, ayant fait une des plus intelligente et pénétrante analyse de la " Fantastique ". C'est pourquoi le fantôme schumannien rôde aussi dans ces pages, mais dans un langage tout à fait contemporain..

L'ouvre " Ruines, Clartés stellaires " est écrite en deux parties séparées par un silence d'une vingtaine de secondes environ ; silence qui n'est pas une coupure, mais plutôt une césure, une grande respiration entre chacun des deux mouvements.

Le premier, " Ruines ", est comme un reflet lointain de la Symphonie Fantastique : rôle de la clarinette solo à la fois violente et ironique, trombone comme un appel, et surtout tutti, revenant trois fois, sonnant comme un grand orchestre ; son écriture en " mode à transpositions limitées " renforce son aspect obsessionnel. La fin du mouvement, en grand crescendo, avec un ostinato de la caisse claire et de la contrebasse, est une fugace allusion à la " Marche au supplice ". L'alternance de carrures très simples (mesures à 4 temps) et d'autres plus complexes renforce l'impression d'inquiétude que donne ce mouvement.

Le deuxième mouvement, " Clartés stellaires ", est comme une " tradition revisitée " de toutes les musiques nocturnes du XIXème, mais aussi du XXème siècle : Berlioz bien sûr, mais aussi Schumann, Chopin, Bartok , Kurtag, Boucourechliev. Il est d'une écriture très mélodique, presque tonale ; les timbres ne sont pas un simple " coloriage " de cette mélodie, mais en constituent souvent l'inspiration primitive. Cette ligne mélodique, interrompue par un appel de trompette et des pizzicatos de contrebasse, se poursuit par un grand crescendo, sur un unique accord répété de nombreuses fois, puis s'achève en un apaisement où l'on entendra l'unique " citation " de l'ouvre, celle de la fin du premier mouvement de la Fantaisie pour piano de Schumann, mouvement que celui-ci voulait appeler " Ruines ".Ainsi se conclut cette pièce, hommage à Berlioz bien sûr, mais surtout ouvre où j'ai tenté d'évoquer ces ombres proches et parlantes.

Extrait audio :Ensemble LE TEMPS RETROUVE - Jean Michel Danet, violon - Dominique Rochet, contrebasse - Géraldine Scotto, flûtes - Bernard Bonhomme, clarinette - Wendelin Serwe, basson - Jean Pierre Gonsalvès, trompette et cornet - Anne Boussard, cor - Joel Castaingts, trombone - Reanud d'Ham, percussions - Serge Coste direction.